La technique de l'aviron de mer
Il est acquis de dire que la première qualité du rameur en mer est l’adaptation. Le travail de la technique comportera donc de longues heures de pratique en équipage dans tous les types de mer possibles (vagues, clapot, courants, etc.) afin d'acquérir les automatismes et la cohésion maximum qui permettra de rester efficace en toutes circonstances.
Ceci sera par exemple indispensable dans le "coup de tabac" ou au cours d'une navigation sous les différentes amures. Ainsi, il faudra peut-être raccourcir l'amplitude et augmenter la cadence dans les instants qui précèdent un départ au surf pour ensuite placer les pelles au plat-bord lorsque le bateau prendra toute sa vitesse dans l'écume d'une déferlante. Le rameur de rivière sensibilisé à la rigueur technique subira la remise en question de quelques fondamentaux. Exemple : si l'horizontalité de la traction est recherchée, elle est souvent difficile à mettre en œuvre.
L’aviron, en rivière comme en mer, est un sport de force. Cela est d’autant plus vrai en mer que les bateaux sont plus lourds et plus larges ; donc, d’avantage freinés à chaque coup de pelle. C’est une caractéristique qui sera primordiale à intégrer dans l’entraînement. La propulsion du bateau dépendra essentiellement de la qualité d’application de la force la technique.
Le saviez-vous ?
Le rapport poids rameurcoque :
• 4+ de rivière + barreur : 100 kg / 4 = 25 kg
• 4+ de mer + barreur : 200 kg / 4 = 50 kg
Spécificités techniques auxquelles le rameur en mer est confronté
La navigation par le travers
Le comportement du bateau dépendra de la répartition des parties immergées, mais aussi de l'utilisation de dérives (avant, centrale ou arrière). Les emplacements des rameurs (répartition des masses) joue aussi un rôle important.
Le rameur devra accepter de "ramer différemment", par exemple le croisement des avirons se fera éventuellement de manière différente d’un coup d’aviron à l’autre.
Il ne devra pas chercher à tous prix la route la plus courte, mais essayer de remonter au vent.
La navigation face à la vague
Dans cette situation, le relâchement est prioritaire, le renvoi de mains doit s’effectuer sans délai. Il faut éviter l'arrêt du bateau quitte à raccourcir le geste pour réalimenter la vitesse de coque.
La navigation avec la houle
Les conséquences sont les phénomènes de tangage et de surf :
• Une des particularités de l'aviron de mer est que les bateaux peuvent quitter leur assiette à cause de la houle. Ce phénomène est appelé "surf". L’objectif est de rester sur le bon versant du plan incliné pour se maintenir propulsé à la vitesse de la houle avec une force sensiblement double. Pour le meilleur rendement possible, la cadence peut être augmentée au creux de la vague (30/34), afin de limiter la variation entre les vitesses instantanées. Au cours de cet exercice, il est impératif que le bateau reste perpendiculaire à la vague faute de quoi le chavirage en sera l’ultime conséquence. (le surf en résumé : c'est descendre une pente qui avance en même temps que le bateau).
• En cas de vagues courtes, la diminution de l'amplitude (3⁄4 coulisse par ex.) peut permettre d'augmenter le nombre d'appuis, donc d'être moins déséquilibré
N.B. Les deux points ci-dessus amènent les équipages à soutenir des cadences élevées sur des distances parfois supérieures à 2000 mètres (sur un triangle de 12 km, les amures sont de 4 km). Ces situations spécifiques entraînent des efforts importants et donc une dépense énergétique. Il conviendra donc de ne les reproduire qu'à bon escient afin de tenir la distance.
L’amplitude en mer
Nous l’avons dit plus haut, les spécificités de l’aviron de mer et notamment le type d’embarcation engendrent un certain nombre d’adaptations de la technique traditionnelle de l’aviron dont la principale concerne l’amplitude. Ces adaptations sont particulièrement liées au poids conséquent des bateaux et à la perte de vitesse entre deux temps moteurs.
Facteurs techniques à adapter :
• la position du buste sur l’avant,
• l’intervention du buste dans l’addition,
• la prépondérance du travail des jambes,
• le replacement du buste.
On veillera à une application maximale de la force à chaque coup d’aviron, en amplitude et en intensité, mais on admet que l’amplitude peut être réduite, surtout dans la houle. La yole de mer ne glisse pas sur l’eau comme on le voit en outrigger, notamment lorsque sa vitesse est perturbée par le passage d’une vague. Il peut donc être efficace de prendre appui en recherchant des positions de force, permettant ainsi de transmettre la force des membres inférieurs au système mécanique. De même, lorsque vous vous apprêtez à surfer sur une vague (en fait, le bateau glisse sur la pente de la vague) il faudra donner plus d’importance au secteur « arrière » du coup d’aviron et ne pas trop revenir sur l’avant, permettant ainsi au bateau de se maintenir dans la pente de la vague en ne déplaçant pas trop de masse sur l’arrière. Ainsi, la vitesse du bateau sera alimentée.
Fautes techniques et correctifs
Les correctifs et les tâches proposés sont globalement les mêmes qu'en pratique sur plans d'eau intérieurs, mais expérimentés et reproduits progressivement dans tous types de mer. Malgré ce travail enrichissant, il s'avèrera parfois que des rameurs bretons ou normands ne seront pas du tout à l'aise sur une Méditerranée qu'ils ne connaissent pas (et vice versa).